27.5.06

Zidane, un portrait du XXIe siècle ***


Il existe au monde deux catégories de gens : ceux qui aiment le foot et ceux qui n'aiment pas le foot.
Les premiers adorent ça, les seconds détestent ça. Il n'y a pas de juste milieu.
Et pourtant curiseusement, "Zidane, un portrait du XXIe siècle" s"adresse plus aux seconds qu'aux premiers.

Filmer un joueur de football, et un joueur uniquement, en gros plan et en temps réel du début à la fin d'un match. Le pari semble insensé et c'est justement ce qui séduira ceux qui n'aiment pas le foot et frustrera les autres. Impossible évidemment de suivre le déroulement de l'action, l'intérêt est ailleurs. Ne pas être spectateur d'un match de football mais en devenir acteur, ne pas regarder Zidane mais devenir Zidane.
Qui ne s'est jamais demandé ce que pouvait ressentir un champion au moment où il vient de marquer un but, au moment où 80.000 tifosi se lèvent dans les tribunes ?
"Zidane" ne le montre pas, il nous le fait vivre.

Sans même évoquer l'exploit technique et esthétique qui permet de voir jusqu'à une goutte de sueur perler sur le front du champion, ce film ofre avant tout des moments d'émotion. Le plus fort étant sans conteste celui où les réalisateurs ont décidé de remplacer le son du match par celui d'une bande d'enfant en train de jouer au foot dans une cour de récréation. Revenir à l'essence même du football : un simple moment de jeu, un plaisir partagé. A coups de mercato, d'argent et de scandales, on avait fini par l'oublier...

Envoûtant et hypnotique, ce film aime manipuler la conscience du specateur. L'emmener ailleurs. On se surprend au bout de quelques dizaines de minutes à ne plus du tout penser au match, mais plutôt à imaginer ses vacances, à réflechir sur sa vie ou même à faire sa liste de courses... "Zidane" est un moment hors-du-temps de médtation et d'esthétisme. Un film peu long c'est vrai, mais la méditation réclame bien ça...

"Zidane, un portrait du XXIe siècle" de Philippe Parreno et Douglas Gordon, avec Zinedine Zidane

11.12.05

King Kong ***

Quiconque garde en tête l'image de King Kong comme étant une grosse peluche accrochée à une maquette en papier mâché ne peut pas imaginer une seule seconde frémir devant une nouvelle version des aventures du gros gorille... Et pourtant... Parce que c'est enfant que Peter Jackson s'est dit qu'il réaliserait bien un remake de "King Kong", lorsque quelques décennies plus tard il accède à son rêve, il décide de le mettre en images avec les yeux de ce gamin néo-zélandais qu'il était...

Autrement dit, Peter Jackson s'autorise toutes les folies et par la même occasion, plonge le spectateur au coeur de son monde féérique et surréaliste. Impossible de ne pas rentrer dans cet univers déjanté où tout est possible et où l'on se surprend à trouver plausible un combat entre des dinosaures et un gorille géant !

Peter Jackson joue avec le spectateur, ne le laisse par respirer une seule seconde, le fait courir dans la jungle en même temps qu'Adrien Brody et virevolter dans les airs dans le creux de la main de King Kong en compagnie de Naomi Watts.
On ne voit pas passer ces trois heures et on souffle de répit lorsque surgit le générique de fin, signe que l'on va enfin pouvoir respirer...

D'autant que même si "King Kong" est avant tout un film d'enfant, Peter Jackson n'en oublie pas moins la réflexion -en vrac- sur le colonialisme, la solitude, les relations humaines, le pacifisme et surtout... l'amour... Une référence directe à "La belle et la bête", un plaidoyer pour les sentiments sincères qui ne s'arrêtent pas aux apparences... une philosophie assez simple (pour ne pas dire simpliste) mais terriblement efficace et surtout, soixante dix ans après l'original, toujours d'actualité...
Qui aurait pu imaginer que la plus belle histoire d'amour cinématographique de l'année soit celle que partage une jolie blonde et un gros gorille ?


"King Kong" de Peter Jackson, avec Naomi Watts, Adrien Brody et Jack Black.

27.10.05

Les Noces Funèbres & Wallace et Gromit : Le mystère du Lapin-Garou **


Etonnante que cette sortie en salles quasi-simultanée du premier long-métrage "Wallace et Gromit" -après une série réussie de courts-métrages- et du nouveau Tim Burton après le guimauvesque "Charlie et la chocolaterie" (voir la critique plus bas). Sortie étonnante car les studios Aardman qui produisent "Wallace et Gromit" et Tim Burton partagent plusieurs points communs et notamment celui de savoir divertir les plus petits sans pour autant les niveler vers le bas, tout en provoquant un sourire en coin -voire un franc éclat de rire- chez les plus vieux.

Pourtant, depuis "L'étrange Noël de Monsieur Jack" et les courts-métrages de "Wallace et Gromit" dans les années 90, de l'eau a coulé sous les ponts et des films ont défilé dans les salles de ciné. En l'occurence, les "Shrek", "Fourmiz" et autres "Monstres et Cie" ont donné un sacré coup de frais aux films d'animations... La preuve, même les Disney s'y est mis ! Par conséquent, Tim Burton et ses amis des studios Aardman ne disposent plus du monopole de l'insolence qu'ils s'étaient attribué avec leurs précédents films. Ils semblent l'avoir oublié et, pire encore, ils usent et abusent des ficelles qui ont fait leur réussite, sans vraiment se remettre en question.

Au final, ces deux films sont donc très bons. Drôle parfois, émouvant souvent pour celui de Tim Burton. Emouvant parfois, drôle souvent pour "Wallace et Gromit". Les deux films font partie de ceux dont on sort en pensant et en disant du bien, ce sont des films à qui "Télérama" accordera forcément une bonne critique en criant au génie et à l'anti-conformisme.

Et pourtant, force est d'avouer qu'il manque l'essentiel, un quelque chose impalpable, une petite flamme, peut-être ce fameux supplément d'âme qu'on évoque si souvent dans les émissions de télé-réalité... Ô blasphème, certains s'ennuiront peut-être même à certains moments pendant ces deux films !
Dommage, je n'écrirai jamais dans "Télérama"...

"Les noces funèbres" de Tim Burton, avec les voix (en VO) de Johnny Depp, Helena Bonham-Carter et Emily Watson
"Wallace et Gromit" de Nick Park et Steve Box avec les voix (en VO) de Helena Bonham-Carter (bis) et Ralph Fiennes

4.9.05

The Jacket *


"The Jacket" est l'exemple parfait du film raté. La preuve que des producteurs émérites (Clooney et Soderbergh) associés à un acteur excellent (Adrien Brody) qui décident de mettre en scène un sujet porteur (un soldat américain en proie à des hallucinations qui s'avèrent prémonitoires) peuvent totalement passer à côté de leur film.

Le film est construit de manière à balader le plus possible le spectateur et le faire se perdre dans les méandres d'un scénario malheureusement aussi chaotique que la mise en scène. Tromper le spectateur est un effet de style agréable pour un réalisateur grisé par ce pouvoir de manipulation suprême et souvent partagé par un spectateur qui, finalement, aime par dessus tout être trompé. Et si de jeunes metteurs en scène comme David Fincher ("Seven", "Fight Club", "The Game"...) ont su faire de ce tour de passe-passe leur qualité première, d'autres semblent avoir plus de mal à suivre. C'est le cas ici de John Maybury qui ne nous épargne aucun cliché fantastico-psychiatrique : un paysage enneigé à la "Shining", une jeune second rôle traumatisée par une enfance difficile qui vit en marge de la société conventionnelle, des médecins sadiques rongés par la culpabilité et, évidemment, Noël, période durant laquelle se déroule l'action, histoire de créer une opposition terriblement subtile entre le bonheur ambiant et la détresse du héros.

Mais le plus fort reste sans doute que John Maybury semble persuadé d'avoir créé une intrigue révolutionnaire où son héros qui voyage dans son propre passé a une influence directe sur son avenir. L'ensemble du film repose sur ce procédé qui, faut-il le rappeler, a été utiliser à merveille par Terry Gilliam dans "L'armée des douze singes" (1996), lui même inspiré de "La jetée" de Chris Marker (1962). Quand on pense que même le très consensuel Robert Zemeckis avait déjà usé cette idée dans "Retour vers le futur", on ne voit pas trop comment sauver ce film... On n'en voudra donc pas à Adrien Brody d'en faire des tonnes pour tenter de sauver le film, l'idée partait d'un bon sentiment. Malgré tout, il faut l'admettre, "The Jacket" ne mérite pas mieux que de se prendre une veste...

"The Jacket" de John Maybury avec Adrien Brody, Keira Knightley et Kris Kristofferson.

Bombon el perro ***

Là où certains verront dans "Bombon..." la renconversion d'un ancien mécanicien en dresseur de chiens de concours, d'autres auront la sensation d'être confrontés à la chronique d'une Argentine qui, empêtrée dans des histoires de corruption, est contraint d'appliquer la règle de la débrouille... D'autres encores s'intéresseront aux seconds rôles tandis qu'une minorité trouvera intéressant le parallèle dressé entre une vie de chien enchaîné et celle des hommes... Force est de constater face à toutes ces analyses que personne n'aura tort et que peut-être même, tout le monde aura raison...

La force de Carlos Sorin, le réalisateur, est de nous présenter un film où se cotoyent des personnages hauts en couleurs qui naviguent pourtant dans une normalité absolue. Il parvient en quelques secondes à nous faire nous attacher à une petite fille que l'angoisse de devoir réciter une poésie en public rend aphone ou à une chanteuse de bal qui interprète des chansons arabes qu'elle a apprise en phonétique...

Autant de portraits qui se succèdent comme les différentes couches d'une peinture ou les différentes pièces d'un puzzle. La justesse dans leur description et la délicatesse avec laquelle la caméra les immortalise en dit long sur l'amour que porte le réalisateur à ses concitoyens et même sans doute à l'humanité en général... Rien de bien étonnant finalement pour cet homme qui après l'échec de l'un de ses films à la fin des années 80 a décidé de suivre un chemin de croix cinématographique en cessant toute production. On imagine alors assez aisément que le héros au sourire flegmatique du film en pleine rédemption sociale ne doit pas être bien loin de son auteur...

Et le chien dans tout ça ? C'est un prétexte évidemment, mais aussi, comme le prouve la dernière scène du film, un joli pied de nez à l'homme en général et à ceux qui veulent tout maîtriser en particulier... Si même nos 30 millions d'amis s'y mettent...

"Bombon el perro" de Carlos Sorin avec Juan Villegas, Walter Donado et Micol Estevez

3.7.05

Douches froides ***°

L'adolescence est une parenthèse magique.
Suffisamment adulte pour être libre mais pas trop pour ne pas être prisonnier. Parmi les félures du coeur, les difficultés à se découvrir et à s'assumer tel qu'on est, les exigences des parents et du système scolaire, les nouvelles responsabilités qui submergent et la solitude à affronter, l'adolescence laisse pourtant parfois s'échapper des instants d'insouciance et de liberté qu'on passera notre vie, ensuite, à tenter de retrouver.
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C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles l'adolescence a tant inspiré les réalisateurs et les auteurs. Claude Miller, André Téchiné, Gus Van Sant ou Larry Clark, tous ont mis en images les errances de jeunes sans repère, devant s'assumer en tant qu'adulte dans une vie souvent trop grande pour eux.

Avec "Douches froides" Antony Cordier suit le parcours de Mickaël (interprété par l'excellent petit nouveau Johan Libéreau), un adolescent qui doit se battre dans un monde qui n'est pas le sien, face à une situation familiale difficile, des amours compliquées, un bac à passer (et à décrocher) et des compétitions de judo qui le hantent ruinent sa santé.

C'est à l'adolescence qu'on sort réellement du ventre de sa mère. Difficile de le vivre sans encombre. Mickaël s'en sort pourtant bien, du moins jusqu'à ce que l'amour s'en mêle. Parce qu'évidemment ce sont les sentiments amoureux qui vont faire basculer ce fragile équilibre. Il va alors accomplir son parcours initiatique avec toutes les peines et les heurts qui en découlent.
Un parcours qu'Antony Cordier met en scène avec tendresse, en insistant beaucoup sur les visages, en gros plan, en mettant le plus souvent possible sa caméra en mouvement, en filmant magnifiquement les corps qui se frôlent et s'esquivent, il capture la chaleur qui s'en dégage. Instinct de survie dans un monde glacial.

Et même si certaines scènes peuvent sembler maladroites (parce que déjà vues dans ces films "ados", telles que le sempiternel couple enlacé sur le deux-roues, les scènes de vestiaires, la confusion des sentiments sous la douche...) on ne peut que pardonner ce réalisateur prometteur dont c'est le premier film. Et ce n'est d'ailleurs peut-être pas par hasard s'il a choisi de traiter de l'adolescence pour ses débuts cinématographiques car comme le disait Truffaut "ce qu'il y a d'émouvant avec les adolescents c'est que tout ce qu'ils font, ils le font pour la première fois"...

"Douches froides" de Antony Cordier, avec Johan Libéreau, Pierre Perrier et Salomé Stévenin

3.5.05

Garden state ***

« Garden state » est une mélodie douce, un morceau de pop sucrée –comme ceux qui composent l’excellente bande originale du film- qui nous fait nous replonger dans nos souvenirs et dans nos idéaux. Est-on réellement devenu ce qu’on aurait voulu ? A t-on emprunté le bon chemin ? Nos amours sont-elles dignes d’êtres vécues ? Autant de questions que certains ne se poseront jamais mais qui hanteront sans cesse les autres.

Revenir là où on a grandit, une contrée que l’on a voulu fuir à tout prix, qui plus est à l’occasion de l’enterrement de sa mère, l’occasion de se remettre en question est trop bonne.

Qu’elle soit absurde ou ultra-réaliste, drôle ou tragique, l’auteur-acteur-réalisateur Zach Braff possède sans conteste le sens de la situation (peut-être grâce à son interprétation dans la sitcom « Scrubs » ?). La vie coule sur son personnage de anti-héros romantique comme de l’eau sur un imperméable et lui tente, tant bien que mal, de se démener avec ça.

Véritable bilan sur une jeunesse en perte de repères, « Garden state » est l’un des premiers films à dresser un constat d’échec sur les enfants de la libération des moeurs des années 70.
A chaque génération ses problèmes : les grands parents voulaient sauver leur patrie en faisant la guerre, les parents voulaient sauver le monde en faisant la paix, les enfants, pour leur part, tentent de sauver leur peau en faisant ce qu’ils peuvent.
Effet miroir grossissant sur une jeunesse résignée et ultra-réaliste qui ne croit plus en grand chose qu’en sa propre survie.
Pas étonnant que le film soit devenu culte aux Etats-Unis, à défaut d’avoir la tête dans les étoiles, la nouvelle génération a les pieds sur terre.

Certains reprocheront à « Garden state » sa fin un peu mélo et amenée sans trop de délicatesse, pourtant comment critiquer une conclusion en forme de lueur d’espoir : à défaut de sauver le monde, l’amour peut sauver notre vie. Y a t-il meilleur happy end ?

"Garden state" de Zach Braff, avec Zach Braff et Nathalie Portman

12.4.05

Crustacés et coquillages **°

Disons-le d'emblée, "Crustacés et coquillages" est loin d'être un film parfait.
La mise en scène est hésitante, la lumière parfois médiocre, la direction d'acteurs quasi-inexistante, le scénario paresseux et les rebondissements abracadabrantesques.
Et pourtant, on prend du plaisir devant ce film frais comme un apéritif entre amis à la terrasse d'un café.

Ce nouveau film du duo Ducastel/Martineau fait penser à ces spectacles de fin de séjour que proposent les animateurs et les vacanciers des campings au mois d'août : loin des grands shows professionnels, ce sont souvent les représentations les plus efficaces, celles qui arrachent des sourires (voires des rires) le plus facilement parce qu'elles sont sincères et mues non pas par une ambition lucrative mais avant tout divertissante.

Malgré tout, réduire "Crustacés et coquillages" à un film de vacances serait injuste. Si sur la forme, l'ensemble est souvent très faible, le fond pour sa part devient terriblement réjouissant au fur et à mesure que le film avance.
A travers la magnifique Valeria Bruni-Tedeschi avec "sa moitié hollandaise" (donc sexuellement plus libérée), à travers Gilbert Melki également qui découvre ses vraies envies ou Edouard Collin qui assume ses fantasmes, "Crustacés et coquillages" enfonce le clou de la liberté. Liberté du désir et des sentiments.

"La vie n'est pas si compliquée" rappelle le personnage de Valeria Bruni-Tedeschi au spectateur tourmenté et torturé que nous sommes.
Oui nous avons le droit d'aimer, de faire l'amour, de baiser. Avec des chandelles et du champagne ou comme des bêtes dans la boue.
Le film nous dit d'arrêter de nous poser des questions et d'aller de l'avant.
Et rien que pour ça on lui pardonne ses faiblesses...
Faîtes l'amour, pas l'amer !

"Crustacés et coquillages" de Olivier Ducastel et jacques Martineau, avec Valéria Bruni-Tedeshi, Gilbert Melki, Jean-Marc Barr et Edouard Collin.

10.4.05

Mysterious skin***

Ceux qui pensent que la poésie consiste à vanter la couleur des fleurs ou la forme des arbres se mettent le doigt dans l'oeil. Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Aragon, Apollinaire. Tous évoquaient la douleur, le déchirement, la séparation, la tristesse ou la mort.

Gregg Araki lui évoque le sida, la prostitution et la pédophilie. Avec poésie, sans aucun doute possible. Il offre un vrai regard, tendre, acide et décalé sur un monde et une époque où les repères ont éclaté en morceaux. Gregg Araki fait partie de ces réalisateurs qui nous font pénétrer leur propre univers (d'ailleurs les cinéphiles ne disent-ils pas "Je suis allé voir le dernier Araki" tout comme ils disent "Je suis allé voir le dernier Woody Allen" ?).

Paradoxalement c'est sans doute le film dans lequel il en montre le plus (contrairement à "The Doom generation" *** ou "Nowhere" ***) mais aussi le plus pudique.
Sans conteste avec ce cinquième film (dont deux introuvables en France) Araki semble avoir trouvé sa vitesse de croisière, le ton juste, la bonne manière de prendre le télespectateur par la main et de lui faire assister à l'innommable sans qu'il ne se sente choqué ou mal à l'aise. Almodovar l'avait réussi avant lui, la référence est ecourageante.
Et puis surtout le film est grave mais drôle.
Araki rit et nous aussi par la même...

"Mysterious skin" de Gregg Araki, avec Brady Corbet, Joseph Gordon-Levitt et Elisabeth Shue.

22.3.05

Saw **

"Saw" est sans doute l'un des films les plus dérangeants de ces dernières années. Le huis-clos oppressant dans lequel il nous plonge et l'exploration de nos angoisses les plus intimes participent à cette atmosphère extrêmement dérangeante et déstabilisante à laquelle il est difficile d'échapper.

A mi-chemin entre "Seven" et "The hole", "Saw" brille principalement dans sa première partie, au moment où le mystère le plus total est préservé, ce qui rend l'ensemble encore plus effrayant. A partir du moment où le scénario se dévoile et où l'on commence à comprendre les mécanismes, le film perd une bonne partie de son intérêt. D'autant qu'on ne nous épargne ni les poursuites entre flics blessés dans les escaliers ni les coups de feu et les barillets qui se vident.

"Saw" est l'un de ces films pervers dont l'effet se poursuit bien après le générique et qui hante encore le spectateur sur le chemin du retour du cinéma et sans doute aussi une bonne partie de la nuit suivante.
Ceci dit après un temps de repos et à bien y réfléchir, on se sent un peu manipulé parce qu'après tout, il n'y a rien de plus simple que d'effrayer un spectateur. Si une mélodie douce interprétée par une rangée de violons, un décor sous la pluie et le dénouement heureux d'un mélo sont les ingrédients parfaits pour faire pleurer les foules, le noir, la musique oppressante et des crimes tous plus horribles les uns que les autres composent quant à eux la recette de la peur au cinéma.
"Saw" en use et abuse. A tel point qu'au bout d'un moment, l'identification aux personnages ne suit plus et le spectateur que nous sommes prend du recul par rapport au film qu'il regarde.
Du moins jusqu'au rebondissement ultime...

Et puis surtout, l'air de rien, "Saw" est l'un de ces films qui pour nous angoisser joue sur nos peurs et sur nos culpabilités. Nous sommes tous, forcément, coupables de quelque chose. Le film appuie là où ça fait mal et remue la hache dans la plaie avec un relan moralisateur et puribond comme Hollywood savait si bien le faire dans les années 50 et 60. A l'époque les studios condamnaient les homosexuels, les hommes et femmes adultères, les prostitués, les drogués, les accros du sexe et tous ceux que la norme de l'époque considérait comme pervers en leur attribuant à chaque fois soit les rôles de criminels soit, au contraire, les rôles des victimes qui se faisaient étriper...

"Saw" est sans aucun doute un film réussi dans son genre mais qui se contente de faire de la surenchère sur des procédés faciles et déjà éprouvés.
Un huis-clos oppressant qui joue sur nos angoisses les plus profondes et où les personnes ne savent ni pourquoi ni comment ils sont arrivés là, Jean-Paul Sartre l'avait déjà réussi, c'était au théâtre... et c'était en 1947 !

"Saw" de James Wan, avec Leigh Whannell, Cary Elwes et Danny Glover.

18.3.05

De battre mon coeur s'est arrêté ***

Les cinéphiles (ou mélomanes) s'en souviennent, avant de se lancer dans le long, Jacques Audiard avait réalisé plusieurs clips dont le victoirisé "La nuit je mens" de Bashung ou encore "Ô compagnons" de Raphaël. Ce sens de la mélodie, cette mise en scène réglée comme une partition saute aux yeux dans chacun de ses films. Ici les mélodies les plus classiques de Bach ou Haydn alternent avec la techno assourdissante et saturée que Tom écoute sous son casque quasi intégral pour s'isoler du monde.

Il faut dire que Tom fait un métier qui ne lui plaît pas et le pire, c'est qu'il ne s'en rend même plus compte. Tom a suivi les traces de son père, il est marchand de biens. Autrement dit, il achète des immeubles à bas prix en délogeant les locataires à la force des battes de base-ball ou en lachânt des rats dans la cage d'escalier. Mais comme à chaque fois qu'on a emprunté un itinéraire qui n'était pas le nôtre, il y a un moment où tout va craquer.
Tom va retrouver par hasard un homme qui va le remettre sur les traces de la musique. La mutation va débuter.
Cet homme froid, cupide et indifférent qu'il était va tenter de devenir le jeune pianiste enthousiaste, amoureux et passionné qu'il aurait du être. Mais il n'est pas facile de sortir de la case dans laquelle on est entré, il n'est pas facile de faire accepter aux autres qu'on est différent de ce qu'ils ont toujours cru...
Réglé comme du papier à musique, ce film permet à Romain Duris de s'affirmer comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération. La mise en scène de Jacques Audiard, elle, suit les rythmes de la musique : en mouvement permanent, le réalisateur virevolte parmi ses personnages, il les frôle ou les caresse. Il déborde de la même énergie du désespoir qui animait les premiers films de Martin Scorcese ou même "Les nuits fauves" de Cyrille Collard.
D'ailleurs les héros de chacun de ces films ont tous en commun d'avoir des rêves trop grands pour une réalité trop petite.
Des rêves d'amour, des rêves de liberté, des rêves qui ont un prix.
De le faire battre si fort, à tout moment leur coeur risque de lâcher...

"De battre, mon coeur s'est arrêté" de Jacques Audiard, avec Romain Duris, Aure Attika et Jonathan Zaccaï.

16.3.05

Before sunset ***

Ah Paris ! Ses accordéonistes, ses bateaux-mouches, ses baguettes et ses bérets !
Si à peu près tout le monde est d'accord pour dire que la capitale française reste l'une des plus belles villes au monde, ses clichés gardent la peau dure ! Alors forcément, c'est avec un brin d'appréhension qu'on entre dans la salle pour aller voir "Before sunset". Et là surprise ! Aucun stéréotype à l'horizon (sauf les bateaux-mouches mais est-ce vraiment un stéréotype ?).

On retrouve (ou on découvre) avec plaisir Julie Delpy et Ethan Hawke qu'on avait laissés quelque part en Europe de l'Est il y a quelques années. Comme eux, nos souvenirs se sont arrangés avec la réalité, on ne sait plus vraiment ce qu'il s'était passé mais on se souvient que ça s'était passé et que c'était bien.
Passée la séquence nostalgie, on se dit alors que le succés (relatif mais tout de même) de "Before sunrise" a forcément influencé "Before sunset" et que ce nouvel opus va se conformer au schéma de la comédie sentimentale traditionnelle.
Et pourtant non, au contraire, on sent Richard Linklater débarassé de cette envie de plaire qui polluait son premier film. Ici, il souhaite simplement faire vivre ses personnages, et tant qu'à faire, les faire vivre bien. L'énergie et la fraîcheur débordent à tel point qu'on a l'impression d'assister à la projection d'un film indépendant, fabriqué avec trois bouts de ficelle et totalement improvisé.
On assiste à une errance amoureuse sans trop savoir où elle va nous mener. On forme un couple à trois avec ces deux amoureux transis qui refusent de se l'avouer, on se laisse embarquer et on se retourne, intrigué, vers la cabine de projection lorsque le générique apparaît tant on n'avait pas senti la fin approcher...
"Before sunset" est un film bavard, hors-norme, réaliste et utopique qui donne envie de se promener le long des quais, à Paris ou ailleurs, mais si possible avec la personne qu'on aime... parce que c'est ça la vie, une promenade au bord de l'eau avec quelqu'un qui nous laisse croire que tout est possible...

"Before sunset" de Richard Linklater avec Julie Delpy et Ethan Hawke.

11.3.05

"La vie aquatique" *°

"La vie aquatique" est l'un de ces films dont on sort en ce demandant si on a bien compris ce qui vient de se passer. Objet Flottant Non Identifié, ce nouveau film est loin de tout ce qu'on pourrait imaginer en voyant l'affiche ou en lisant le résumé. Ainsi ceux qui s'attendraient à une bio de Cousteau (qu'on aurait pu appeler "Raie" !), à une comédie grand public américaine, à un film d'action du type "U-571" ou au pendant US du "Grand Bleu", subiraient une véritable douche froide devant les mésaventures hors-normes de Bill Muray !

Devenu acteur culte de toute une génération avec son humour à froid et son air de cousin de Pierre Richard, Bill Murray a su s'imposer dans des rôles aussi mémorables qu'éclectiques tels que "Un jour sans fin" (****) ou plus récemment "Lost in translation" (***). Il confirme ici son rôle d'anti-héros complètement décalé et -oh combien !- attachant. A noter la présence de Cate Blanchett, Willem Dafoe et Owen Wilson qui complètent idéalement le générique : il n'était pas donné à tous les acteurs de trouver leur place dans un tel film !

Une chose est sûre, "La vie aquatique" porte en lui tous les ingrédients pour devenir un film culte : il ne devrait pas remporter un énorme succés public, le style est complètement hors-norme, le scénario semble avoir été écrit par un ancien matelot dépressif reconverti dans le cinéma, quant au jeu et la réalisation ils donnent l'impression de revenir tout droit des annes 70.
Difficile donc de donner un avis sur un tel film, il y a fort à parier qu'il y aura deux clans : ceux qui claqueront bruyamment la porte de la salle de ciné qu'ils quitteront (parfois au milieu de la séance) énérvés par ce film qui ne tient pas ses promesses et il y aura ceux qui s'empresseront de conseiller à leurs amis, famille, concierge et autres collègues de se précipiter pour voir ce petit chef d'oeuvre.
On se doute que les deux clans ne pourront se rencontrer sans s'affronter à coup d'arguments de mauvaise foi et d'insultes en tout genre.
Et tant mieux parce que c'est aussi ça le cinéma : susciter des émotions...

"La vie aquatique" de Wes Anderson avec Bill Murray, Owen Wilson et Cate Blanchett

9.3.05

Aviator ***

"Aviator" est l'un de ces films qui nous rappellent que ce n'est ni l'argent, ni le pouvoir qui font avancer le monde mais bel et bien la passion. Jusqu'ici rien de révolutionnaire, n'importe quelle comédie sentimentale hollywoodienne pourrait délivrer le même message.
Là où "Aviator" se distingue et rayonne, c'est parce qu'il nous dit également que la passion se paie, que la vie n'est pas là pour nous faire de cadeau et qu'il faut sans cesse se battre.

Avec ses multiples névroses, son hypocondrie, son instabilité chronique, sa solitude et l'acharnement médiatique et judiciaire dont il est victime, le milliardaire-cinéaste-aviateur Howard Hugues a payé le prix de sa passion. Et sûrement plus encore.
Tout au long du film, il tombe puis se relève tel un enfant qui essayerait de faire du vélo sans les petites roues. Il rêve sans cesse de nouveaux projets et imagine en permanence d'autres innovations mais plus ses yeux brillent et plus les critiques s'élèvent. Sa peur des maladies grandit au fur et à mesure que ses détracteurs se multiplient.
On comprend alors que sa phobie des microbes est avant tout la peur d'un monde extérieur si peu enclin au changement et à la passion. On comprend également que son engouement pour l'aviation part d'une envie de s'envoler très loin et, surtout, très haut.
Naviguer au-dessus des préjugés, des mensonges, de la haine, de l'aigreur et du conformisme. On imagine alors pouvoir s'assoir sur le siège de co-pilote aux côtés de cet Howard Hugues remarquable sous les traits de Leonardo DiCaprio et ainsi nous aussi décoller très loin et très haut...
Et puis la lumière du cinéma se rallume, on retrouve notre vie, on regarde le ciel et on se dit que, peut-être nous aussi, même sans argent même sans pouvoir, pourrions nous envoler très loin et très haut...
Il paraît qu'il suffit d'y croire...

"Aviator" de Martin Scorcese avec Leonardo DiCaprio, Cate Blanchett et Alec Baldwin.

8.3.05

Neverland **°

On a tous connu ce moment désespérant à Noël, où après avoir couru les boutiques bondées pour trouver le cadeau idéal, on se retrouve face à un enfant en train de jouer avec le carton d'emballage plutôt que le jouet lui-même. L'explication n'est pourtant pas compliquée : si un "Buzz l'éclair" en plastique ou une peluche "Shrek" apporte un univers pré-mâché aux enfants, le carton, vierge de toute création, leur laisse la porte ouverte à toutes les possibilités. Un enfant préférera toujours une feuille blanche et deux crayons de couleur plutôt qu'un poster imprimé. C'est cette constatation que fait "Neverland".

Tandis que "Le cercle des poêtes disparus" nous conseillait de profiter du jour présent, "Neverland" nous dit de ne pas voir le monde tel qu'il est mais de le réinventer à chaque instant. En son temps, Matisse affirmait déjà qu'"il faut garder toute sa vie ses yeux d'enfants". James Barrie l'avait compris, lui qui changera la vie d'une jeune femme veuve et de ses quatre enfants simplement en recréant le farwest dans leur jardin anglais ou en faisant vivre un bateau de pirate au bord d'une petite rivière. Ce dramaturge respectable s'en inspirera ensuite pour donner naissance à "Peter Pan".

"Neverland" est un film qui agit en deux temps, comme ces pastilles pour la toux bicolores : une première phase anesthésie le spectateur et lui fait croire qu'il est confronté à un film en costumes mièvre et traditionnel, tandis que la seconde extrait l'enfant qui est en chacun de nous, l'oblige à prendre les commandes et nous fait nous émerveiller devant des scènes cousues de fil blanc, une sensation qui n'est pas sans nous rappeler l'époque où nous étions si émerveillés par une marionnette qu'on en oubliait les fils qui la maintenaient et l'homme qui la manipulait. Dans ce monde submergé d'images de guerre, de chômage et de tsunamis, ça n'est pas si fréquent. Et rien que pour ça, le film mérite le détour...

"Neverland" de Marc Forster avec Johnny Depp, Kate Winslet, Dustin Hoffman et Freddie Highmore.

7.3.05

Ray **

Petite devinette : qu'y a t-il de plus dur que de raconter la vie de quelqu'un en 2h30 ?
Réponse : raconter la vie de Ray Charles en 2h30 !
Il faut dire qu'entre la mort accidentelle de son frère, la maladie qui le rend aveugle à sept ans, la misère dans laquelle sa mère tente de l'élever, la ségrégation bien installée dans le sud des Etats-Unis, sa dépendance à l'héroïne, ses conquêtes sentimentales multiples ou encore ses relations avec son groupe, on pourrait tirer de la vie de Ray Charles un feuilleton en douze épisodes sans avoir même évoquer sa musique !

On pourrait penser qu'une telle richesse de rebondissements pour un scénariste soit du pain béni et pourtant, rien n'est moins évident ! Deux possibilités s'offrent alors : raconter les principaux événements, chronologiquement type "sa vie, son oeuvre", à l'instar des fiches de lecture qu'il nous fallait rédiger sur Zola au lycée (cf les films "Chaplin" ou "Tina") ou au contraire, se concentrer sur une période bien précise (cf Mitterrand dans "Le promeneur du champ de mars").
Dans "Ray" c'est clairement la première solution qui est privilégiée, de manière plutôt propre et assez lisse on décide de nous repasser la vie du "Genius" avec talent, et notamment celui de Jamie Foxx qui interprète le chanteur, et surtout sans trop d'arrangement avec la réalité (et c'est loin d'être toujours les cas dans les films biographiques !).

Durant le film on se surprend à bouger la jambe et à agiter la tête en rythme sur les mélodies du grand Ray, on sourit, on rit, on est émus mais c'est à peu près tout... Que faudrait-il de plus demanderont certains ? De la création, de l'innovation, du culot !
La mise en scène affiche un conformisme flagrant, d'autant plus fort qu'elle est confrontée de plein fouet à l'audace de la musique de Ray Charles. Des mélodies de quarante ans qui n'ont pas pris une ride... de quoi faire rêver plus d'une actrice hollywoodienne !
Et même si en sortant de la salle on ne peut s'empêcher de siffloter "Georgia on my mind" ou "What I'd say" en arborant le sourire éclatant du maître-chanteur, on se dit que Ray Charles aurait sans soute préféré un peu moins de consensus et un plus d'idées...

"Ray" de Taylor Hackford avec Jamie Foxx et Kerry Washington.

5.3.05

Le couperet **

Peut-on se prendre d'amitié pour un assassin ?
La réponse est oui ! Surtout lorsque celui-ci est nerveux, hésitant, maladroit, drôle et touchant. En bref, surtout s'il nous ressemble.
C'est le cas du personnage de José Garcia dans le nouveau film de Costa-Gavras : celui d'un homme au chômage, suite à la délocalisation de son entreprise, qui tue pour réussir à retrouver un emploi.
Le parallèle entre la société qui flingue ses ouvriers parce qu'ils coûtent trop cher et cet homme qui élimine ses concurrents est bien vu, Costa-Gavras s'y lance avec de l'humour et beaucoup de compassion pour cet ingénieur au bord de la crise de nerfs.
Il signe une nouvelle fois un film militant et engagé mais on sent qu'il lutte à chaque instant contre le danger qui guette chaque film militant : tomber dans un film didactique, comme l'un de ces films d'école qui explique aux élèves de primaire comment se brosser les dents. Costa-Gavras a peur de donner des leçons sur les délocalisations, la toute-puissance des actionnaires et l'individualisme galopant dans le monde des entreprises mais à trop vouloir éviter cet ecueil, il glisse dedans et passe à côté de son film. Reste une comédie dramatique plutôt agréable, soutenue essentiellement par la prestation de José Garcia. Reste également la question que pose l'un des manifestants dans le film : "Et vous, que feriez-vous si ça vous tombait dessus ?"

"Le couperet" de Costa-Gavras, avec José Garcia, Karin Viard et Olivier Gourmet.

Mon beau-père, mes parents et moi *

Personne ne se demande si l'humour juif existe, Woody Allen en est la preuve. Personne ne se demande non plus si l'humour britannique existe, les Monthy Pythons en sont la preuve. En revanche, on ne sait toujours pas si l'humour français ou l'humour américain existent.
Si c'est le cas, une seule chose est sûre : ils n'ont rien à voir.

"Mon beau-père, mes parents et moi" n'est que l'énième preuve de l'existence d'un cinéma américain (à défaut d'un humour) efficace, calculé, conçu pour arracher un sourire (ou un fou-rire pour les mieux lunés) mais sans prétention aucune.
Vite vu, vite apprecié, vite oublié. Un peu comme un déjeuner pris dans un fast-food entre deux réunions...
Et si dans ce film on ne pourra que souligner la performance de Barbra Streisand, Dustin Hoffman et Robert -"You fuck my wife"- Deniro ainsi que le plaisir de les voir rassembler à l'écran, on ne pourra qu'être désolé par ce manque d'originalité et de créativité flagrant. On imagine les nombreux cinéastes qui se taperont une main moite sur le front en signe de désolation en imaginant le film qu'ils auraient pu voir avec un tel casting. Ils ne sont pas les seuls, certains spectateurs aussi.

"Mon beau-père, mes parents et moi" de Jay Roach, avec Ben Stiller, Dustin Hoffman, Robert Deniro, Barbra Streisand et Blythe Danner.

4.3.05

L'esquive ***

Qui aurait pu croire qu'une banlieue grise et sinistre puisse apporter une telle bouffée d'oxygène ?
"Voir des jeunes de cité réciter du Marivaux", le postulat du film n'est pas des plus avenants. On pourrait craindre l'ersatz d'un reportage condescendant de France 3 Ile-de-France plutôt qu'un film révolutionnaire. Et pourtant...
Si la salle rit durant les premières minutes du film devant des jeunes qui parlent vite, en argot, en verlan, avec un langage qu'ils ne s'approprient pas mais qu'ils recréent sans cesse comme pour se prouver qu'ils existent, rapidement les rires laissent place à l'émotion et à la tendresse.
Abdellatif Kechiche parvient, grâce à une direction d'acteurs hors-pair, à mener sa barque droit devant, sur le fil du rasoir mais sans jamais tomber ni dans le pathos ni dans la parodie.
Les comédiens sont tout bonnement prodigieux. On ne sait jamais vraiment quelle est la part d'improvisation, de documentaire, de fiction et là est toute la magie du film : laisser vivre une jeunesse trop souvent prisonnière de ses clichés. La laisser respirer et nous aussi par la même occasion.
C'est ce que Larry Clark ou Gus Van Sant tentent de faire dans une Amérique puritaine, ça tombe bien parce qu'avec un peu plus de sexe et de rock, on s'y croirait. Le cinéma français n'en attendait pas moins...

L'esquive de Abdellatif Kechiche avec Osman Elkharraz, Sara Forestier et Sabrina Ouazani.

Final Cut **

A mi-chemin entre l'excellent "Bienvenue à Gattaca" et "La mort en direct" (très bon film français de Bertrand Tavernier avec Romy Schneider), "Final Cut" démontre une nouvelle fois que Robin Williams peut être un bon acteur dans un registre autre que celui de la comédie. Et il faut croire que le thème de l'image l'inspire : après avoir inquiété les foules en employé d'un labo-photo maniaque dans "Photo Obsession", le héros de "Mrs Doubtfire" campe cette fois un monteur de films chargé de créer des "Rememory", films réalisés après la mort, à partir des images enregistrées par une puce greffée dans le cerveau, autrement dit : les films d'une vie. Rien n'y échappe : la sortie du ventre de la mère, les jeux sur la plage enfant, les heures de sommeil, de repas ou de sexe... Chacun aimerait pouvoir effacer certains souvenirs, des zones d'ombre dont on n'est pas très fier. Pas de souci, le personnage de Robin s'en charge : il crée un résumé parfait de notre vie.
Robin Williams se la joue sobre, efficace : parfait. Le thème lui aurait sans doute mérité un meilleur développement. L'idée est bonne mais l'alchimie ne prend pas, on ne ressent ni l'angoisse science-fictionnelle qu'inspirait "Brazil" ni l'émerveillement enfantin que nous procuraient les gadgets de James Bond... On sort de la séance avec une impression de gâchis : "Peut mieux faire" aurait sans doute écrit l'institutrice d'Omar Naïm, le réalisateur, sur son bulletin de notes. Les fans d'anticipation ou de Robin Williams ne laisseront pas passer "Final Cut", les autres pourront s'en passer...

"Final Cut" de Omar Naïm, avec Robin Williams, Mira Sorvino et Jim Caviezel

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