Zidane, un portrait du XXIe siècle ***

Il existe au monde deux catégories de gens : ceux qui aiment le foot et ceux qui n'aiment pas le foot.
Les premiers adorent ça, les seconds détestent ça. Il n'y a pas de juste milieu.
Et pourtant curiseusement, "Zidane, un portrait du XXIe siècle" s"adresse plus aux seconds qu'aux premiers.
Filmer un joueur de football, et un joueur uniquement, en gros plan et en temps réel du début à la fin d'un match. Le pari semble insensé et c'est justement ce qui séduira ceux qui n'aiment pas le foot et frustrera les autres. Impossible évidemment de suivre le déroulement de l'action, l'intérêt est ailleurs. Ne pas être spectateur d'un match de football mais en devenir acteur, ne pas regarder Zidane mais devenir Zidane.
Qui ne s'est jamais demandé ce que pouvait ressentir un champion au moment où il vient de marquer un but, au moment où 80.000 tifosi se lèvent dans les tribunes ?
"Zidane" ne le montre pas, il nous le fait vivre.
Sans même évoquer l'exploit technique et esthétique qui permet de voir jusqu'à une goutte de sueur perler sur le front du champion, ce film ofre avant tout des moments d'émotion. Le plus fort étant sans conteste celui où les réalisateurs ont décidé de remplacer le son du match par celui d'une bande d'enfant en train de jouer au foot dans une cour de récréation. Revenir à l'essence même du football : un simple moment de jeu, un plaisir partagé. A coups de mercato, d'argent et de scandales, on avait fini par l'oublier...
Envoûtant et hypnotique, ce film aime manipuler la conscience du specateur. L'emmener ailleurs. On se surprend au bout de quelques dizaines de minutes à ne plus du tout penser au match, mais plutôt à imaginer ses vacances, à réflechir sur sa vie ou même à faire sa liste de courses... "Zidane" est un moment hors-du-temps de médtation et d'esthétisme. Un film peu long c'est vrai, mais la méditation réclame bien ça...
"Zidane, un portrait du XXIe siècle" de Philippe Parreno et Douglas Gordon, avec Zinedine Zidane


















Il signe une nouvelle fois un film militant et engagé mais on sent qu'il lutte à chaque instant contre le danger qui guette chaque film militant : tomber dans un film didactique, comme l'un de ces films d'école qui explique aux élèves de primaire comment se brosser les dents. Costa-Gavras a peur de donner des leçons sur les délocalisations, la toute-puissance des actionnaires et l'individualisme galopant dans le monde des entreprises mais à trop vouloir éviter cet ecueil, il glisse dedans et passe à côté de son film. Reste une comédie dramatique plutôt agréable, soutenue essentiellement par la prestation de José Garcia. Reste également la question que pose l'un des manifestants dans le film : "Et vous, que feriez-vous si ça vous tombait dessus ?"
Et si dans ce film on ne pourra que souligner la performance de Barbra Streisand, Dustin Hoffman et Robert -"You fuck my wife"- Deniro ainsi que le plaisir de les voir rassembler à l'écran, on ne pourra qu'être désolé par ce manque d'originalité et de créativité flagrant. On imagine les nombreux cinéastes qui se taperont une main moite sur le front en signe de désolation en imaginant le film qu'ils auraient pu voir avec un tel casting. Ils ne sont pas les seuls, certains spectateurs aussi.
Abdellatif Kechiche parvient, grâce à une direction d'acteurs hors-pair, à mener sa barque droit devant, sur le fil du rasoir mais sans jamais tomber ni dans le pathos ni dans la parodie.
Robin Williams se la joue sobre, efficace : parfait. Le thème lui aurait sans doute mérité un meilleur développement. L'idée est bonne mais l'alchimie ne prend pas, on ne ressent ni l'angoisse science-fictionnelle qu'inspirait "Brazil" ni l'émerveillement enfantin que nous procuraient les gadgets de James Bond... On sort de la séance avec une impression de gâchis : "Peut mieux faire" aurait sans doute écrit l'institutrice d'Omar Naïm, le réalisateur, sur son bulletin de notes. Les fans d'anticipation ou de Robin Williams ne laisseront pas passer "Final Cut", les autres pourront s'en passer...