L'esquive ***
Qui aurait pu croire qu'une banlieue grise et sinistre puisse apporter une telle bouffée d'oxygène ?
"Voir des jeunes de cité réciter du Marivaux", le postulat du film n'est pas des plus avenants. On pourrait craindre l'ersatz d'un reportage condescendant de France 3 Ile-de-France plutôt qu'un film révolutionnaire. Et pourtant...
Si la salle rit durant les premières minutes du film devant des jeunes qui parlent vite, en argot, en verlan, avec un langage qu'ils ne s'approprient pas mais qu'ils recréent sans cesse comme pour se prouver qu'ils existent, rapidement les rires laissent place à l'émotion et à la tendresse.
Abdellatif Kechiche parvient, grâce à une direction d'acteurs hors-pair, à mener sa barque droit devant, sur le fil du rasoir mais sans jamais tomber ni dans le pathos ni dans la parodie.Les comédiens sont tout bonnement prodigieux. On ne sait jamais vraiment quelle est la part d'improvisation, de documentaire, de fiction et là est toute la magie du film : laisser vivre une jeunesse trop souvent prisonnière de ses clichés. La laisser respirer et nous aussi par la même occasion.
C'est ce que Larry Clark ou Gus Van Sant tentent de faire dans une Amérique puritaine, ça tombe bien parce qu'avec un peu plus de sexe et de rock, on s'y croirait. Le cinéma français n'en attendait pas moins...
L'esquive de Abdellatif Kechiche avec Osman Elkharraz, Sara Forestier et Sabrina Ouazani.


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