4.9.05

Bombon el perro ***

Là où certains verront dans "Bombon..." la renconversion d'un ancien mécanicien en dresseur de chiens de concours, d'autres auront la sensation d'être confrontés à la chronique d'une Argentine qui, empêtrée dans des histoires de corruption, est contraint d'appliquer la règle de la débrouille... D'autres encores s'intéresseront aux seconds rôles tandis qu'une minorité trouvera intéressant le parallèle dressé entre une vie de chien enchaîné et celle des hommes... Force est de constater face à toutes ces analyses que personne n'aura tort et que peut-être même, tout le monde aura raison...

La force de Carlos Sorin, le réalisateur, est de nous présenter un film où se cotoyent des personnages hauts en couleurs qui naviguent pourtant dans une normalité absolue. Il parvient en quelques secondes à nous faire nous attacher à une petite fille que l'angoisse de devoir réciter une poésie en public rend aphone ou à une chanteuse de bal qui interprète des chansons arabes qu'elle a apprise en phonétique...

Autant de portraits qui se succèdent comme les différentes couches d'une peinture ou les différentes pièces d'un puzzle. La justesse dans leur description et la délicatesse avec laquelle la caméra les immortalise en dit long sur l'amour que porte le réalisateur à ses concitoyens et même sans doute à l'humanité en général... Rien de bien étonnant finalement pour cet homme qui après l'échec de l'un de ses films à la fin des années 80 a décidé de suivre un chemin de croix cinématographique en cessant toute production. On imagine alors assez aisément que le héros au sourire flegmatique du film en pleine rédemption sociale ne doit pas être bien loin de son auteur...

Et le chien dans tout ça ? C'est un prétexte évidemment, mais aussi, comme le prouve la dernière scène du film, un joli pied de nez à l'homme en général et à ceux qui veulent tout maîtriser en particulier... Si même nos 30 millions d'amis s'y mettent...

"Bombon el perro" de Carlos Sorin avec Juan Villegas, Walter Donado et Micol Estevez